Une fable sur l’identité
Au-delà du destin romanesque d’Oroonoko et de l’histoire de l’amitié qui lie la jeune Ephra et le jeune prince, le spectacle met l’accent sur la question de l’identité. Oroonoko, devenu esclave, est dépossédé de son nom et, par la volonté de ses maîtres, devient César avant que la révolte qu’il fomente ne le transforme en Spartacus. Il renvoie la balle à Ephra, qui se mue en Astrea dans ses activités d’espionnage et de plume, en rébellion contre l’ordre établi et le statut fait au femmes. Leurs changements de noms illustrent leur impossibilité d’être ce qu’ils sont et d’en obtenir la reconnaissance. La société les dépossède d’eux-mêmes en leur ôtant leur nom ou en les contraignant à en changer. (…) Ce spectacle offre une belle opportunité de favoriser la rencontre et de réconcilier au lieu d’opposer. Aline César ouvre une porte vers une histoire qui pourrait bien se finir si on le souhaite et où le dialogue entre les communautés, au lieu d’être rompu, pourrait être porteur d’un nouveau souffle. On n’effacera pas le passé en matière de colonisation. Reste à construire un avenir plus ouvert, plus positif. C’est l’une des leçons de cet attachant spectacle, impeccablement rythmé et plein d’entrain.
Arts-chipel.fr / Sarah Franck / 3 avril 2021